Guy Le Besnerais
Le dessin pour destin
Comédien, danseur, chercheur, ingénieur, difficile de mettre l’illustrateur et co-auteur de Crayon noir – Samuel Paty, histoire d’un prof, dans une case. Portrait d’un Cachanais touche-à-tout qui s’illustre dans la bande dessinée.
Hier à Strasbourg, Toulouse, Rennes, Nantes… Demain à Angoulême? « L’histoire de Crayon noir est incroyable, s’étonne Guy Le Besnerais. On est invité partout pour raconter. Parce que raconter, c’est empêcher que la mort ait le dernier mot». Une bande dessinée que le Cachanais signe avec Valérie Igounet, une historienne de renom. Mais avant de se lancer dans ce premier roman graphique qui porte la voix de Samuel Paty et a reçu le Prix de la bande dessinée citoyenne au festival BD Boum de Blois, Guy Le Besnerais s’est laissé un temps de réflexion. « Sur le coup, je n’étais pas sûr. Mais ce sujet, j’avais quand même envie de le traiter», précise-t-il. Peut-être aussi parce qu’en 2015, au moment des attentats de Paris, il suivait les cours de Dominique Meyer, alias Bearboz, dessinateur de presse pour Charlie Hebdo notamment, et ami de Charb.
Dessin citoyen
Pour Crayon noir, c’est justement Bearboz qui l’incite à troquer son encre de chine et ses feutres contre la tablette – même s’il n’en est pas adepte – pour des raisons pratiques et de délais. Objectif: réaliser en moins de dix mois 160 pages et 1500 dessins! Une prouesse pour un dessinateur qui n’a réalisé que des histoires courtes, publiées dans des fanzines ou sur Instagram, le réseau social sur lequel l’éditrice Clarisse Cohen le contacte pour illustrer l’enquête minutieuse de Valérie Igounet. Pour raconter les onze jours de descente aux enfers qui ont précédé le meurtre du professeur, les auteurs ont dû faire des choix graphiques et narratifs. « Sur ce sujet d’histoire immédiate, chaque mot, chaque dessin a été pesé et choisi. L’un de nos soucis a notamment été de scénariser l’histoire de Samuel Paty et de tenir le lecteur sur ce sujet grave qui n’autorise pas la fantaisie. Il a donc fallu résoudre des problèmes que j’ai appréhendés avec ma logique d’ingénieur de recherche. En réalité, il existe pas mal de passerelles entre la recherche et l’art», relève l’illustrateur. Entre les deux, Guy Le Besnerais a longtemps fait le balancier, à l’image de Boris Vian ou d’autres finalement.
L’amour des planches
Reste qu’il y a une vingtaine d’années, il a failli abandonner sa carrière d’ingénieur à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera) pour le théâtre. En 2012, il a même monté Les Étoiles polaires, une pièce qu’il avait écrite à partir des Racontars arctiques de Jørn Riel, au théâtre Le Funambule à Paris. Mais depuis qu’il a découvert la danse-théâtre façon Pina Bausch, il confesse : « si c’était à refaire, je serais sûrement danseur. » Du dessin au théâtre en passant par la danse, il n’y a qu’un pas, car tout y est toujours question de narration. Plus récemment, celui qui se présente comme un touche-à-tout rejoint des mouvements citoyens, dont l’association Cachan en Transition dont il a conçu le logo. Puis, il réalise des croquis sur l’écologie pour en faire un spectacle qu’il a proposé dans le cadre du Jour de la Terre 2023 à Cachan où il réside depuis 20 ans. Baptisé Le monde est un restaurant, ce spectacle, qui prend la forme d’une conférence TEDx ou conférence loufoque, interroge l’impact du réchauffement climatique sur les inégalités sociales. Des préoccupations majeures devenues incompatibles avec la recherche aérospatiale. Alors, celui que sa famille a toujours vu avec un stylo à la main finit par démissionner. « En cours ou en réunion, j’ai toujours écouté en dessinant. Une sale manie», comme il dit, mais qui l’a conduit à cesser son mouvement de balancier. Entre la recherche et l’art, Guy Le Besnerais a aujourd’hui choisi!
Bio express
2023 : Illustrateur et co-auteur Crayon noir – Samuel Paty, histoire d’un prof, Studiofact éditions
2021 : Se consacre à l’illustration
2016 : Directeur de recherche à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera)
2015 : Ateliers des Beaux-Arts de Paris
1994 : Entrée à l’Onera
1993 : Obtention de sa thèse de doctorat en physique à l’Université Paris-sud Orsay
1989 : Diplôme d’ingénieur de l’École nationale supérieure de techniques avancées (Ensta)
1967 : Naissance à Paris